Théorie d'origine de la savane et du récul de la forêt

      Forêt et savane paraissent en position d'équilibre. Mais la composition végétale de la savane est d'une stabilité artificielle dans un climat de type indubitablement forestier. La forêt effectue par certains endroits des progressions spectaculaire, engloutissant sur des dizaines de mètres des essences savanières. Parfois des bosquets voisins se sont accolés par la suite. Les forêts manifestent une résistance certaine à la savanisation. Après l'abattage le recru est vigoureux et les essences herbacées très différentes de celle de la savane sur la forêt et le recul de celle-ci ? Là se pose le problème controversé de l'origine de la savane et de la forêt mésophile.
Certains auteurs pensent que, dans l'ensemble végétal téké, les formations herbeuses sont antérieures à la forêt mésophile qui en a entrepris la colonisation. Il aurait donc régné sur ces régions un climat steppique. les périodes climatiques ultérieures n'ont pas eu d'influence aussi nette. La deuxième période  pluviale quaternaire et la période pluviale makalienne ont pu être marquées par des avances de la forêt mais sans que la végétation des savanes disparaisse pour autant. Au cours des périodes sèches intermédiaires et en particulier pendant celle ayant marqué la fin du pléisticène, les savanes pouvaient reprendre de l'extension et séparer les forêts en îlots isolés.
Dautres au contraire  au penchent pour une destruction par l'homme de la forêt qui, défavorisée par le milieu, ne se  maintient qu'avec peine . En tout état de cause on peut objectivement constater, d'une part la très forte pression actuelle de l'homme sur la forêt par ses cultures et par l'action annuelle des feux de brousse, et d'autre part, le dynamisme naturel des recrus secondaires d'autant plus sensible que le milieu paraît plus humide. Dans ce contexte, le principal agent de la destruction forestière est le feux; les cultures en forêt sont commerciales (tabac en particulier) et d'introduction récente. Le feux de brousse passe chaque année sur tout le pays. On brûle pour divers motifs :pour traquer le gibier, pour attirer les cigognes migratrices (ankubi), pour les défrichements ou pour la suppression des grandes herbes qui entravent la marche et limitent la vue. Les feux apparaissent dès décembre et se poursuivent jusqu'à la saison sèche. Les premiers de la saison ne sont pas très violents et les flammes progressent lentement dans les herbes à moitié vertes; seules brûlent les inflorescences et les feuilles. On les allume pour éviter les incendies de saison sèche, autrement plus redoutables et que l'on ne prévoit pas toujours; on brûle la ceinture herbeuse du village. Les jeunes pousses forestières sont détruites à chaque fois, et les lisières des bosquets, où les graminées sont souvent mieux développées, subissent des attaques particulièrement violentes.
Néanmoins, dans les conditions climatiques actuelles et sauf exceptions très localisées, l'action directe de l'homme sur la répartition de la végétation est très minime. Encore peut-on considérer que cette action est aujourd'hui, et depuis peu, particulièrement intense. Il n'y a pas si longtemps que l'homme, en dehors du feux, dispose d'un outillage véritablement efficace. De plus, en de nombreux points, il est amené aujourd'hui à défricher et à cultiver pour le ravitaillement des centres urbains et cultures industrielles, des surfaces bien supérieures à celles dont il aurait proprement besoin pour son propre usage.
En définitive, pour les plateaux téké, dans les conditions climatiques et malgré l'action de l'homme et des feux de brousse, l'équilibre forêt savane est pratiquement stable avec cependant un bilan légèrement positif en faveur de la savane, les travaux des champs s'effectuant de plus dans les forêts.
Il semble que la coexistence des forêts et des savanes soit très ancienne et qu'il ne faille pas attribuer à l'homme un rôle trop important dans la déforestation, ni le rendre directement responsable de la plupart des savanes de ces plateaux téké.
Les deux types de végétation, ainsi que le montre leur diversité, doivent résulter d'une longue évolution sur place à travers toutes les vicissitudes climatiques. L'analyse géographique de certains groupes écologiques de la savane en fait foi et semble rappeler l'existence ancienne de conditions plus xériques.
Les forêts apparaissent donc comme l'obstacle majeur qui empêche le développement des forêts, favorise par conséquent l'expansion et le maintien de la savane. Il reste à savoir s'ils sont, par l'intermédiaire des défrichements, à l'origine de la destruction d'une éventuelle forêt primitive, ou s'ils maintiennent un état ancien hérité d'un climat plus aride.